Quelques extraits de « Amours et Révoltes : le livre »

J’irai au paradis (Daniel Darc)

« Ce sont des rencontres que l’on n’attend pas et qui vous tiennent toute votre vie.
Des amis que l’on n’attendait pas mais qui vous suivent tout au long de votre parcours et qu’il est toujours heureux de croiser.
Ce sont des individus qui regardent toujours en avant et vous emmènent.
Je crois que les King’s Queer sont tout cela ! »

Julien Cadoret

Se raconter quand on est ni des stars, ni sur notre lit de mort (du moins on l’espère), c’est totalement incongru ; alors on va tenter d’éviter certains pièges narratifs, on dit bien « tenter »… Nul n’est à l’abri des dérives narcissiques et autres poncifs autobiographiques ! De surcroît, ne comptez pas sur nous pour vous balancer quelque anecdote digne de « Pure People » ou autres confidences pour fans transis ! Vous êtes averti·e·s, vous ne saurez pas la couleur de nos caleçons ni de nos chaussettes.

Allez, on démarre, on branche les micros, on allume les enceintes : « On air ».

Avant de se lancer dans « l’expérience » King’s Queer, il y a eu les préliminaires. Ben oui n’oubliez pas, c’est « une putain d’histoire d’amour ». Deux spectacles musicaux joués ensemble. Le premier, ambiance cabaret : « Les tribulations de la famille Von Bigoudies ». Et le second : « Le souffle de l’errance ». D’ailleurs, notre morceau « Merde au chagrin » avait été écrit pour ce dernier. Comme quoi rien ne se jette, tout se recycle. Écolos bien avant le grand greenwashing. Oui oui on sait, on s’égare déjà… Mais bon ne vous attendez pas à une chronologie bien rangée, bien policée. Ce bouquin est à notre image : un mouvement permanent, un chaos de bric et de broc, une prose vivante de survivant·e·s. L’aventure King’s Queer nous est tombée sur la gueule sans crier gare. Et ce fut le top départ de la course poursuite. Cavale infernale mais ô combien palpitante… On vous assure, on aura tout fait ! Et c’est loin d’être fini…

Au commencement, c’est la rencontre dans une cheminée de Grib avec Frédéric Weigel (un nom à noter car on le retrouvera plus tard, personnage clé de notre parcours). Ce n’est pas le Père Noël mais c’est tout comme ! Bref, le hasard de la vie les a réunis le temps de récurer un conduit dans un café-théâtre. Papotages de petits ramoneurs. De fil en aiguille, Fred explique qu’il est artiste performeur d’art contemporain. Grib lui apprend à son tour qu’il fait du son. Ça tombe bien Fred est à la recherche d’un musicien pour une performance réalisée avec l’artiste Anne Zimmerman, le tout prévu dans trois semaines. Le courant passe. Il lui propose le job. Grib saute sur l’occasion, toujours partant pour tenter de nouvelles choses. Mais il pose une condition : se produire aussi en mode duo avec Laet dans ce festival. Bref il lui vend ce qui par la suite, va devenir King’s Queer… L’affaire est conclue ! Seul problème : Laet n’est absolument pas au courant de ce futur projet ! Et il n’y a même pas un embryon de morceau !

Imaginez l’ambiance back home… Grib totalement excité par l’affaire, Laet terrorisée, énervée en mode Vulcano : tou·te·s aux abris !!

Une fois l’effet de surprise passé, la course contre la montre peut démarrer. C’est niché·e·s dans la mezzanine de notre appart’ que nous faisons retentir les premiers accords et désaccords. À l’aide d’un programme Fruity Loops cracké, et d’une formation de deux heures avec un pote tendance trance-goa-chillout, nous voilà en pleine création ! Grib compose. Laet pause sa voix. Avouons qu’elle a eubien du mérite car honnêtement, suivre les délires rythmiques de Grib, c’est une sacrée prouesse ! Gribouillage de paroles à la hâte sur un coin de table. Trouver une unité, tâtonner, s’engueuler, rire, beaucoup rire. D’une reprise de Barbie Girl second degré en électro bancale, à Paragraphe 175, pur electro-clash, hommage à toutes les personnes victimes d’homophobie, en passant par la Godotechtonique, slam d’un texte de Paul. B. Preciado.

« État d’urgence contre la jouissance
Veuillez attacher votre ceinture de chasteté
Nous traversons une perturbation hormonale
Veuillez ne pas troubler l’ordre moral
Paragraphe 175 / Cacher son âme / Paragraphe 175 / Cacher son âme »
Extrait Paragraph 175 / Démo 2010

Registre totalement hétéroclite, avec comme fil conducteur, ce que nous sommes intrinsèquement.

C’est à dire une gouine et un transboy avec chacun, chacune notre propre bagage musical, culturel, social, et des passés bien différents : plutôt mainstream pour Laet, alternatif pour Grib. Le mélange des deux : une alchimie détonante !

Ne vous offusquez pas pour le terme « gouine », c’est politique ! Se réapproprier l’insulte, pour mieux laver les mots de leur sens péjoratif, en faire une fierté.

Novembre 2008, alors que les États-Unis élisent leur premier président noir, qu’Alexander Soljenitsyne va tutoyer les étoiles et que notre Sarko national lance un tonitruant « Casse-toi pov’ con », nous sommes dans les starting-blocks pour notre nouvelle vie !

Novembre 2008 oui, le jour J arrive enfin. Direction la Forêt Noire, une caserne désaffectée perdue au milieu de nulle part en Alsace.

Festival de la Performance, une multitude d’artistes d’art contemporain aguerri·e·s. Au milieu, nos deux King’s Queer totalement flippé·e·s de chez flippé·e·s avec la sale impression d’être des imposteur·ice·s. Moment des balances, nous cassons l’alimentation de notre table de mixage, heureusement vite réparée par un technicien plus qu’adorable. Nous découvrons notre son pour de vrai et non pas étouffé comme dans notre petit espace de répèt’. Nous ne reconnaissons plus les morceaux, bref, panique générale. No comment !

Puis l’heure de vérité arrive enfin ! Nous montons sur scène, la salle est comble. Le set passe à vitesse grand V. Le public est là, même bien là… Vient le dernier morceau, une reprise de Walk on the wild side de Lou Reed sur une boucle hypnotique. Grib improvise un texte manifeste à la fin. Les bases de « nos corps sont des scandales » sont jetées. Nous finissons torse poil sans se concerter, enfin pas totalement, car en bon transboy non opéré, la poitrine est bandée. Ce fut juste hallucinant : un tonnerre d’applaudissements. Nous sommes médusé·e·s, tétanisé·e·s, en sueurs, complices, radieux·ses. Des gens montent sur scène pour nous proposer de nous booker par la suite. Ce qui devait être un one shot allait se pérenniser.

KING’S QUEER EST NE CETTE NUIT-LA. ET QUELLE NAISSANCE…

Après cette performance, ambiance « after show ». Nous nous retrouvons dans l’atelier d’un des organisateurs : François Besnard, sculpteur de tong géante en siporex, autour d’un chili con carne, mais sans carne. Ça picole, ça rigole. Ça discute de tout et de rien puis à un moment donné, François nous explique que King’s Queer lui a fait penser à Kas Product. Grib s’arrête net, totalement interloqué. Ce duo de Nancy fait partie de sa playlist, de ses incontournables depuis qu’il est ado. Laet ne connaît pas. Du coup il nous sort une K7, oui une K7 du groupe ! Il l’enclenche sur un magnéto de fortune. « Never come-back » retentit au milieu de cette nuit des plus spéciales… Le visage de Laet s’illumine. La messe vient d’être dite. Échange de clins d’œil. Nous avons su à cet instant-là, que nous avions touché à quelque chose. Quelque chose d’impalpable, quelque chose d’éternel… Peut-être la force d’y croire.

Et quelques années plus tard nous partagerons la scène avec Kas Product… Comme quoi il, n’y a pas de hasard…

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Salut à toi (Bérurier Noir) Leben und Leben Lassen

« Partager, c’est être présent avec l’autre. Être là. S’arrêter et sentir que demain, c’est encore loin »

Estelle Beauvais

L’idée du clip germe tranquillement dans nos têtes. Réunion avec notre label, quel morceau exploiter ? On tergiverse, une lumière s’allume : « Amours et révoltes » évidemment.

« À toutes les gueules cassées, cabossées : Amours et Révoltes À tous les sans-rien, les vauriens : Amours et Révoltes
À tous les bricoleurs magnétiques : Amours et Révoltes
À tous les apprentis utopistes : Amours et Révoltes
À tous les « rebelles en herbes, veulent protested : Amours et Révoltes
À tous les survivants : Amours et Révoltes »
Extrait Amours et Révoltes / Amours et Révoltes / 2012

OK, on a trouvé le titre ! Ni Laet, ni Grib ne gère la technique vidéo. On a beau être des touche-à-tout, on est humain·e, par conséquent, on a des lacunes. Alors comment faire ? Comme on s’est associé·e·s avec une structure comme Zingy, on possède un petit budget pour le projet. Pour une fois, on oublie la logique des bouts de ficelle et du système D, on réfléchit autrement. Faire appel à des pro’. Olivier Doudon a une amie réalisatrice, Estelle Beauvais dont on apprécie les courts-métrages. Il la contacte. Elle est partante. On est heureux·ses. On se rencontre, on est sur la même longueur d’ondes, reste à définir où, quand, comment. Totalement néophytes, on part dans tous les sens. Heureusement qu’Olivier et Estelle nous recadrent. Avec notre imagination débordante, nos cent-mille idées à la minute. Noussommes ingérables. On se rappelle très bien des regards en coin, complices, que se jetaient Olivier et Estelle, l’air de dire « Comment on va s’en sortir avec ces deux énergumènes ? ».

Un matin, Grib se lève et dit à Laet : « Tu sais quoi, on devrait faire venir plein de gens à notre clip, faire une manif’ «Amours et Révoltes ». L’idée fut aussitôt adoptée ! En avant la mise en place d’un tel bordel. On décide de le tourner à Paris. Au début, on visait la place des droits de l’Homme. On a vite abandonné : autorisation spéciale, coût disproportionné, etc. Les droits de l’Homme bradés sur la place publique. Un comble ! Et puis sérieusement il serait temps de rebaptiser ces droits là parce que bon… Mais là, on est hors-sujet… Un instant de réflexion et on jette notre dévolu sur la rue Denoyez à Belleville. Petite rue mythique des squartistes, atelier d’artistes, pochoirs, couleurs, affiches sur les murs, ça suinte la résistance, population bigarrée, carte du monde entier. Rien de tel que l’esprit de ces lieux pour King’s Queer et en plus pas besoin d’autorisation, on y va en mode pirate. Au beau milieu de la rue, il y a une galerie autogérée, ça sera notre QG pour l’événement !

Heureusement que notre label a pris en main une bonne partie de l’organisation et de la préparation du tournage parce qu’on aurait pédalé sec dans la semoule. Notre seul job consistait à trouver du monde pour venir à dix heures du matin un samedi. Ce n’était pas gagné vu que notre public penche plutôt du côté des courtisans de la lune. On a lancé un appel sur les réseaux sociaux, et en parallèle dans quelques boîtes de casting. Restait plus qu’à espérer qu’on ne se retrouve pas comme deux couillon·ne·s, tout·e·s seul·e·s avec nos pancartes dans la rue. Zingy paniquait un peu. Encore un pari totalement fou ! Que voulez-vous, c’est un peu notre marque de fabrique, à croire que nous sommes légèrement accro à l’adrénaline !

La veille du tournage, on arrive à Paris, dans notre mythique King’s Queer mobile, un très vieux break de EDF-GDF. On ne passe pas inaperçu·e·s avec elle. Le coffre chargé de matos, et surtout d’unecinquantaine de bières et des cubis de vin. Parce qu’en plus du tournage, on a décidé de faire un concert sauvage dans la rue, d’offrir à boire afin de remercier tous les figurants et figurantes. Rien ne nous fait peur, pourquoi ne faire qu’une seule chose quand on peut en faire dix-mille ? Évidemment il a fallu décharger toute la voiture dans les bureaux de Zingy, sixième étage sans ascenseur, pour cause de panne. Et les recharger le lendemain.

Samedi matin, huit heures, on investit la rue. L’équipe de Zingy ainsi qu’Estelle la réalisatrice, Jeff à la deuxième camera, Pauline à la logistique et à l’accueil des figurant·e·s, Pierre-François au maquillage et Kate, photographe pour le making-off sont à nos côtés. Ça fait super pro, nous n’en revenons pas. Nous avons même des petits bracelets imprimés : « tournage Amours et Révoltes » qui seront distribués aux participant·e·s.

Première étape, on met nos costumes. Prise d’assaut du légendaire café le Folies de Belleville, bar populaire, bien connu de tout le milieu alternatif. On se change dans les toilettes. Nous ne sommes pas dépaysé·e·s, nous avons l’habitude avec les tournées. Séance de maquillage, toujours dans le bistrot : Laet aux anges, elle adore. Grib ronchonne, c’est pas son truc. Puis vient la problématique des coiffures. Le sèche-cheveux a besoin d’une prise. Dans le rade, pas possible de le brancher donc on se rabat à l’intérieur d’un atelier de couture semi-clando qui tombe en ruine. En avant gel, peignes et brosses… Grib en profite pour faire changer la fermeture éclair de son Lonsdale sous le regard de Laet qui trouve démentiel qu’il pense à ça à ce moment-là… Enfin, nous sommes prêt·e·s!

Un peu avant dix heures, les gens commencent à arriver. À notre grande surprise il y en a qui débarquent de Marseille, Rennes, Nancy, Reims, Pontarlier, Lyon et Paris ! Homos, gouines, hétéros, Trans, Queers… Ils, elles ont fabriqué des pancartes, des tee-shirts « Amours et Révoltes ». Un garçon s’est rasé le slogan sur la tête, il y a même deux banderoles, qui encore aujourd’hui sont sur scène avec nous, tenues par le public au moment de ce morceau. Que voulez-vous, nous sommes des sentimentaux! On en a pleuré d’émotions,retouche maquillage !

C’est parti pour le tournage ! Et ça gueule « Amours et Révoltes », ça court dans la rue, ça chante avec la bande son sur ghetto blaster, ça saute, ça graffe sur les murs, ça jette de la peinture ! Sous le regard médusé des passant·e·s. Plan large, fixe, portrait, ça filme sous toutes les coutures. Tout le monde est investi, on se marre, pause bière, café, thé. On y retourne, ça virevolte, ça danse, ça pogote… Et puis clap de fin. La réalisatrice est super contente, le label aussi, et nous on est dans un état second tellement ces instants ont été puissants humainement. Une fois de plus notre public nous a étonné.e.s par sa gentillesse, son dévouement, son implication. On pleure de nouveau, mais là pas besoin de retouche ! On les quitte pour quelques heures, rendez-vous le soir-même, même endroit pour un petit set de King’s Queer sur le trottoir.

Dix-neuf heures, on tire les rallonges, on monte la sono, on sort à boire. La clique de Nancy trouve un canapé hors d’usage dans un terrain vague à côté, le ramène et l’installe face à nous… On fait les balances, les flics débarquent mais Olivier les calme avec une fausse autorisation de tournage… Il est fort cet Olivier !

On boit un coup et on envoie le son ! C’est incroyable, une fois de plus la magie opère. Tout le monde est à fond. De plus en plus de public s’agglutine, on est plus de cent dans cette ruelle ! Une femme descend en courant de chez elle, et nous dit : « je suis venue, j’ai cru que c’était les Bérus ». Fin de concert, on est mort·e·s. On dégouline. Les flics repassent, c’est compliqué de faire disperser la foule. On se replie à « Frichez-nous la paix ! », la galerie où l’on avait prévu l’after. Des potes se mettent aux platines et la fiesta, enfin la bamboche comme on dirait de nos jours bat son plein. Minuit arrive, on coupe le son. On veut éviter de passer la nuit au poste, la journée a été trop chargée pour ce petit extra ! On va se coucher, des paillettes plein les yeux !

Le lendemain debout très tôt. C’est dimanche, Grib est aphone. C’est la galère, on doit tourner des séquences à Montreuil où l’on doit parler. Olivier est encore notre sauveur. Il fait le tour des pharmacies de garde, ramène un cocktail explosif de médicaments à effet rapide pour que Grib retrouve un semblant de voix.
La réalisatrice a besoin d’autres images. On se retrouve à coller des affiches « Amours et Révoltes » sur les murs de la ville malgré notre gueule de bois. On se prête volontiers au jeu. Ensuite séquence intérieure, assise cette fois. On apprécie, on ne tient plus debout. Elle nous interviewe sur le ressenti de la veille. Ces plans-là seront en ouverture du clip. La camera s’arrête, ça y est, on a fini pour de bon. On retourne dans nos pénates totalement déboussolé·e·s par cette expérience hors du commun. Juste avant de partir, on apprend qu’après notre concert, au même endroit, un homme s’est fait poignarder. Frissons dans le dos. La musique n’adoucit pas toutes les mœurs.

Vint le temps du montage, de l’étalonnage, pas mal de doutes, de remises en question lors des différents visionnages. C’était très étrange de se voir à l’écran. Mais au bout d’un certain temps on s’est tout·e·s mis·e·s, d’ accord… Enfin presque…

À ce stade du livre, il faut qu’on vous parle d’un truc. On a déjà précisé que Laet se déteste en photo et que c’est toujours la guerre lorsqu’il faut en poster une pour la com’.
Mais on ne vous a pas parlé du fait que les cinq premières années de King’s Queer ont été un véritable calvaire pour elle lorsqu’il fallait être filmée ou interviewée. Victime du syndrome de l’imposteur à son plus haut point ainsi que d’une timidité maladive, elle restait bloquée dès que la caméra tournait ou que le micro se lançait. On ne vous raconte pas à quel point elle se déteste dans la première partie du clip. Grib a dû batailler des jours durant avec l’aide d’Oliver et d’Estelle pour qu’elle accepte enfin que la séquence soit utilisée malgré tout. Mais rassurez-vous, ça va mieux aujourd’hui, c’est devenu une vraie professionnelle, elle a tellement pris la confiance que Grib a parfois du mal à l’arrêter en interview !

Parenthèse fermée, revenons à notre histoire… Quand le label a mis le clip en ligne, quelques mois avant la sortie de l’album, nous étions au TAPS à Strasbourg pour travailler sur la création sonore d’une pièce de théâtre multimédia traitant de la vie de Valérie Solanas. Pendant une pause clope sous la pluie avec Filou l’éclairagiste, on reçoit un texto de la part de Zingy : « Le clip est en ligne, sept-cents vues en deux heures » …

La machine était lancée, il ne manquait plus qu’à inventer encore un truc insensé pour la sortie de l’album !

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